31 janvier 2007 - 21h27
Collaboration spéciale
Stéphane Champagne
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La ceinture fléchée semble figée dans le temps. Confectionnée pour la première fois il y a plus de 250 ans, la mythique ceinture traîne derrière elle un lointain héritage.
Elle a tour à tour été un objet utilitaire pour les coureurs des bois, un symbole pour les patriotes, puis un apparat qui reprend du service une fois l’an au Carnaval de Québec. Oubliée, négligée peut-être ? La tradition est toujours vivante grâce à une centaine d’artisans qui perpétuent la technique ancestrale.
Pour certains, la ceinture fléchée représente le côté « chemise à carreaux » ou « macramé » des Québécois. Pour d’autres, elle est un symbole politique propre aux « pure laine » qu’il vaut mieux ne pas trop étaler en ces temps d’accommodements raisonnables et de rectitude politique. Entre les deux, il y a ceux, surtout des artisans, pour qui la colorée ceinture est une véritable œuvre d’art. Une œuvre pour laquelle des collectionneurs sont prêts à payer des milliers de dollars.
Selon l’historien Jacques Lacoursière, la ceinture fléchée ne redeviendra sans doute jamais un objet populaire ou une icône nationale. « Elle est devenue un symbole politique à partir du moment où les Patriotes l’ont portée en 1837. Ça renvoie donc directement à l’idée de la souveraineté. Je crois que ça va demeurer quelque chose de folklorique. Quelqu’un qui porterait régulièrement une ceinture fléchée à la taille passerait pour un nostalgique, un passéiste », croit-il.
Un symbole
L’ex-premier ministre Bernard Landry voit les choses d’un autre œil. Il serait d’accord pour que la ceinture fléchée redevienne un symbole. « Mais en autant que ce soit le symbole de tous les Québécois. On peut la remettre au goût du jour en s’inspirant du dessin de flèche sur la ceinture qui, à mon avis, représente la convergence », explique M. Landry.
L’ancien chef du PQ possède trois ceintures fléchées dont l’une, plus que centenaire, a appartenu à son grand-père maternel, Eugène Brien. M. Landry n’a jamais porté l’une de ses ceintures autour de sa taille. Il a toutefois accepté de se faire photographier en portant, en guise d’écharpe, celle de son grand-père. « J’ai souvent voulu en porter une, entre autres à la fête des Patriotes, mais je ne voulais pas me singulariser. J’avais peur que ce soit un symbole qui n’aurait pas suffisamment été partagé. »
Au Carnaval de Québec, on ne se pose même pas la question : la ceinture fléchée est un incontournable. « La ceinture est au Carnaval ce que le chapeau de cow-boy est au Stampede de Calgary. Et comme Bonhomme voyage un peu partout dans le monde, le symbole est connu », dit Jean Pelletier, directeur général de l’événement.
Le Bonhomme Carnaval arbore la mythique ceinture depuis 1954. Chaque bénévole se doit également d’en porter une durant les festivités. Depuis quelques années, plusieurs d’entre eux la portent en écharpe. Serait-ce le début d’une nouvelle tradition ?
Une trentaine de boutiques du Vieux-Québec, de même que les magasins Canadian Tire et Zellers de la région de Québec, offrent différents modèles de ceintures fléchées à partir de 19,99 $. On peut même s’en procurer une sur le site Web du Carnaval.
Une tradition bien vivante
Pour certains antiquaires, ethnologues et artisans, la ceinture fléchée, c’est une technique séculaire, un savoir-faire unique.
« C’est l’un des plus beaux types de tissage au monde », dit Marie-Berthe Lanoix, artisane en fléché traditionnel et professeure à l’École des vieux métiers de Longueuil.
Car oui, il existe des cours pour apprendre à tisser sa propre ceinture fléchée. Des cours de plus en plus prisés par une clientèle composée à la fois de jeunes et de retraités, dit-on. L’Assomption serait le berceau de la ceinture fléchée.
Selon Mme Lanoix, il existe encore au Québec une centaine de personnes qui maîtrisent la technique du fléché. « Mais les artisans qui fabriquent encore la ceinture traditionnelle avec de la laine retorse (laine tissée serré), on les compte sur les doigts d’une main », dit-elle.
D’ailleurs, il est bon de rappeler qu’il existe plusieurs types de ceintures fléchées. Celle vendue durant le temps du Carnaval de Québec, ou dans une cabane à sucre près de chez vous, est fabriquée au métier à tisser. Sinon, il y a la ceinture tressée aux doigts (la vraie technique d’origine), mais fabriquée avec de la laine brute. Ce type d’étoffe (qui nécessite des dizaines d’heures de travail) se vend entre 200 et 600 $.
Il y a aussi les ceintures haut de gamme, fabriquées avec de la laine importée d’Europe, qui nécessitent près d’une année de travail. Ces ceintures se vendent jusqu’à 5000 $ et sont l’apanage des collectionneurs.
Enfin, il y a les pièces rares, c’est-à-dire les ceintures fléchées dites de L’Assomption, qui ont été fabriquées il y a 100 et 200 ans. L’une d’entre elles a trouvé preneur pour la somme de 13 500 $ lors d’un encan, l’automne dernier, en Ontario.
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